Rencontres du troisième âge
Par J.C. Lebourdais
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La belle équipe |
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(All-star archives #4)
Fin 1998, DC Comics propose un nouveau volume de la série " Archives Edition ". Thomas et Frédéric, deux sérieux collectionneurs, nous en parlent.
JCL : Eh bien, les garçons, que pouvez-vous nous dire de cet ouvrage ?
Thomas : Pour commencer, c’est un bel objet, plutôt lourd ; il est cartonné comme un album de chez nous, avec une superbe jaquette luxe et une reliure cousue. On a droit à du papier " glossy ", c’est-à-dire épais et brillant.
Frédéric : Avec cette bonne odeur de produit chimique si caractéristique qui s’en dégage quand on hume le morceau…
Thomas : En effet. Tout ça est recouvert en imitation cuir avec des dorures tout partout.
Frédéric : Pour la modique somme de 50 dollars…
Thomas : $49.95 pour être précis. Il fait quand même 224 pages.
JCL : Bon. Ca, c’était la forme ; maintenant, que faut-il penser du fond ?
Thomas : Plutôt du bien, je dirais. La collection Archives de DC en est maintenant à 31 volumes. On peut considérer que c’est l’équivalent DC des Marvel Masterworks, mais en mieux, car la réédition des classiques Marvel a eu très peu de volumes et s’est interrompue il y a déjà quelques années, au profit de produits un peu plus cheap comme la série des Essential dont une partie a d’ailleurs repris les mêmes bandes, c’est-à-dire les Avengers ou les premiers Fantastic Four, qu’on avait pu acheter en Masterworks à 30 ou 40 dollars (couleur, beau papier et tout ça), et que l’on peut maintenant acheter pour 15 dollars sous la forme de phone books (i.e . annuaires téléphoniques) avec couverture souple, papier bas de gamme et impression en noir et blanc. Le dernier sorti est The essential F.F. vol. 1 qui contient les 20 premiers numéros de la série fondatrice du Marvel universe, plus le premier annual. C’est évidemment plus abordable pour le collectionneur et ça coûte sûrement moins cher à fabriquer.
Frédéric : En fait, sur ce terrain, Marvel joue sur du velours car les bandes qu’ils rééditent sont beaucoup plus récentes que celles de DC (années 60-70 contre années 40) et aussi plus connues puisqu’ils ont commencé par des séries vedettes comme Spider-Man, X-Men ou Wolverine. Pourtant, on vient de voir une résurgence des Masterworks début 99 avec un tome consacré aux premiers numéros de Daredevil, ceux dessinés par Bill Everett et Wally Wood. Il semblerait que la série régulière confiée à Quesada et Palmiotti doive bien marcher, pour que ça justifie une ressortie des origines de Tête à cornes en version luxe.
Thomas : " résurgence " ?
Frédéric : Et alors quoi ? On a bien le droit de chercher à étoffer un peu son vocabulaire, non ! J’apprends un mot nouveau chaque jour ; mais ça n’est pas toujours facile : tu as déjà essayé de placer " oxymoron " dans une conversation ?
Thomas : Chacun sa croix. Pour en revenir à notre sujet, il y aurait là comme un échange de bons procédés entre Marvel et DC puisque ces derniers, sur le modèle des Essential ont sorti récemment deux paperbacks de la tétralogie du Fourth World de Kirby, à savoir New Gods (disponible en français aux éditions Bethy) et Mister Miracle (idem bientôt, souhaitons-le). On pourrait y voir comme une tendance pour les américains de se mettre à faire de la BD un peu comme chez nous, à savoir des albums plutôt que des périodiques, avec des retirages au fur et à mesure qu’ils se vendent. De cette façon, le collectionneur d’aujourd’hui peut lire moyennant un prix raisonnable des bandes dont il devait jusque-là se contenter d’entendre parler dans des revues spécialisées sur le silver age, puisque les originaux, bien que trouvables, se négocient à des niveaux largement prohibitifs et que les reprints, aux Etats-Unis, sont redevenues sporadiques depuis la disparition dans les années 70-80 des titres anthologiques spécialisés qu’étaient Marvel Tales, Marvel Super-Heroes ou Adventure Comics. Dans le volume qui nous occupe, en particulier, …
Frédéric : Oui, parce que, mine de rien, c’est quand même pour parler de ça qu’on est là…
Thomas : Foin d’ironie, petit insolent. Si tu trouves que je parle trop, viens donc le dire de plus près.
Frédéric : Oh, je vois… L’homme de la pampa, quoique rude, reste toujours courtois, pas vrai ?
Thomas : C’est ça. Je disais donc que All-Star Archives vol.4 réédite les numéros 15 à 18 de All-star Comics, quatre aventures d’une cinquantaine de pages chacune de la toute première équipe de super-héros de l’histoire, la Justice Society of America, JSA pour les intimes.
Frédéric : Dans les team books de cette époque, il y a une particularité amusante, c’est que chaque histoire est divisée en chapitres, chacun des chapitres étant consacré à un des héros qui compose la JSA, pris en charge par son dessinateur attitré. Par conséquent, après une séquence introductive où l’histoire est mise en situation, on enchaîne des segments de 4 à 6 pages consacrés successivement à Hawkman, The Spectre, Dr Fate, Johnny Thunder, Dr Mid-nite, Sandman, Atom. A la suite de quoi, il y a une séquence de conclusion ou apparaît généralement Wonder Woman, qui est secrétaire de la JSA.
Thomas : Il est d’ailleurs cocasse de constater que la fière amazone, malgré qu’elle soit probablement le membre le plus puissant de la JSA à ce moment-là, n’a pas l’autorisation de participer aux combats du fait, justement, de son statut de secrétaire.
Frédéric : Est-ce que ça ne serait pas une attitude un peu phallocrate sur les bords ?
Thomas : On peut le voir comme ça. En réalité, la politique de l’éditeur consistait à exclure de All-Star comics tous les poids lourds qui disposaient déjà de leur propre magazine comme Batman, Superman, Flash ou Green Lantern. On les voit de temps en temps sur les couvertures ou sur une splash page parce qu’ils sont tout de même membres honoraires, mais c’est tout. WW est la seule exception, un cas un peu particulier, puisqu’elle est membre mais avec un statut spécial qui la cantonne à officier pendant les réunions du club.
Frédéric : Il faut cependant admettre qu’on n’a pas vraiment besoin de sa force de frappe dans ces épisodes car nos héros se contentent de boxer des gangsters de troisième zone et des espions nazis, les inévitables saboteurs de la cinquième colonne qui sévissaient à la même époque dans Captain America et ailleurs.
Thomas : Pas seulement, gamin ! Dans ce volume, on trouve le premier super-villain récurrent de la JSA, the Brain Wave, qui reviendra plusieurs fois au cours du golden age.
Frédéric : As-tu précisé que c’est le king, Jack Kirby, qui dessine les pages où apparaît Sandman ?
Thomas : C’est dit ; on peut aussi citer Sheldon Moldoff (sur Hawkman) et Mart Nodell (le dessinateur qui a créé Green Lantern) parmi les artistes présents dans ce volume.
Frédéric : Et les autres ?
Thomas : On dira sans être méchant que les autres sont tout à fait oubliables. Et bien entendu, tout ça sur des scénarios du légendaire Gardner Fox.
Frédéric : En parlant de stars, la préface est écrite par James Robinson, celui qui écrit présentement l’excellente série régulière consacrée à Starman. Comme disent les yankees : "critically acclaimed ".
Thomas : Bien entendu, sa présence dans ces pages n’est pas innocente puisque DC vient de le charger d’une " nouvelle " série régulière qui est en fait le revival de la JSA et qui devrait sortir prochainement.
JCL : Quelque chose à ajouter ?
Thomas : Oui, on se délectera dans ce volume d’un épisode assez croquignolet où Wonder Woman va chercher les petites amies des membres de la JSA, les déguise dans des costumes copiés sur ceux de leurs boy-friends respectifs et les conduit à l’assaut des méchants, pour être toutes immédiatement capturées et devoir attendre l’arrivée providentielle de leurs mecs, façon Village People machos, pour se faire libérer.
Frédéric : A mon avis, le jour où Gardner Fox a écrit ça, il avait probablement fumé quelque chose de gravos…
Thomas : Ou alors, c’est du second degré.
Frédéric : Ou bien encore que parfois on manque cruellement d’idée de scénario. N’est-ce pas pathétique ?
Thomas : Cela prouve seulement que même Wonder Woman n’est pas infaillible. D’ailleurs, tu sais certainement ce qu’est la femme parfaite.
Frédéric : Non, quoi ?
Thomas : Un oxymoron.
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JCL
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Texte publié dans SCARCE n°55 (été 1999) pages 52/53. |
Text published in the french fanzine Scarce #55 (summer 1999) pages 52-53 |
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